Le blog d'Edouard Dommen

  • Les cadeaux que l’on rend

    Tonton se porte garant pour Fiston qui veut se lancer en affaires. L’affaire réussit bien et Fiston n’a pas besoin de recourir à la garantie. Ne ressent-il néanmoins aucune gratitude, voire d’obligation, envers son Tonton ?

  • L’économIe n’est pas la guerre

    En 1965 s’ouvrait à l’Île Maurice une improbable usine dont la fonction n’était que percer d’un trou les rubis destinés à  équiper les montres suisses. Fruit de l’imagination féconde jointe au sens discipliné de la gestion d’entreprise du suisso-mauricien José Poncini, elle allait transformer l’économie mauricienne en un modèle de prospérité partagée. 

    Lors de l’inauguration de l’usine, le ministre du commerce et de l’industrie, Maurice Paturau, dit « L’idée novatrice et pleine de promesse de M.Poncini est de placer l’Île Maurice non comme un concurrent sur le marché international, mais comme un maillon indispensable dans la chaîne de production d’industries manufacturières d’Europe et d’ailleurs ».

    M. Trump, avec votre vision guerrière du commerce international, vous avez un bon demi-siècle de retard !

  • Jaw jaw is better than war war

    Michael Møller, le récent directeur de l’Office des Nations unies à Genève, propose d’associer l’industrie du tabac aux débats onusiens pour limiter les dégâts du recours au tabac. Sa proposition est accueillie avec effroi.

    À une certaine époque, le Norvégien Johan Galtung, premier professeur au monde d’études pour la paix, occupait un poste à l’UNRISD (Institut de recherche des Nations unies pour le développement social, alors au Petit-Saconnex). Il en profitait pour servir d’aiguillon à des débats parmi les fonctionnaires de l’ONU sur des questions de fond. À l’époque il était question de comment s’attaquer au commerce de la drogue. Les narcotraficants connaissent les rouages de leur métier mieux que quiconque ; si l’on veut prendre des mesures efficaces pour restreindre ce commerce, mieux vaut consulter les experts, conseillait Johan Galtung. Son conseil fut accueilli avec effroi.

    Pourtant l’expérience a prouvé depuis lors qu’il eût mieux valu l’écouter que de subir l’interminable fiasco de la Guerre contre la drogue.

    Churchill disait « Jaw jaw is better than war war. » ( discuter vaut mieux que guerroyer)

  • Sismondi économiste d’actualité

    On méconnaît l’actualité des idées de l’économiste genevois Sismondi (1773-1842). À l’époque où l’orthodoxie économique s’installait et que ses compatriotes Pierre Prévost (1751-1839) et Etienne Dumont (1759-1829) faisaient connaître Adam Smith, Malthus et Bentham au public francophone, Sismondi s’en démarquait déjà (toutes les citations sont tirées de l’Avertissement sur la seconde édition de ses Nouveaux principes d’économie politique, 1827) :

    « J'ébranlais une science qui, par sa simplicité, par la déduction claire et méthodique de ses lois, paraissait une des plus nobles créations de l'esprit humain; j'attaquais une orthodoxie enfin, entreprise dangereuse en philosophie comme en religion.

    « J'ai vu … la production augmenter, tandis que les jouissances diminuent. La masse de la nation semble y oublier, aussi bien que les philosophes, que l'accroissement des richesses n'est pas le but de l'économie politique, mais le moyen dont elle dispose pour procurer le bonheur de tous.

    « J'invoquais …  l'intervention du pouvoir social pour régler les progrès de la richesse, au lieu de réduire l'économie politique à la maxime plus simple, et en apparence plus libérale, de laisser faire et laisser passer.

    « Les faits … ont prouvé, bien mieux que je n'aurais pu faire, que les savans dont je m'étais séparé étaient à la poursuite d'une fausse prospérité ; que leurs théories, là où elles étaient mises en pratique, pouvaient bien accroître la richesse matérielle, mais qu'elles diminuaient la masse de jouissances réservées à chaque individu ; que si elles tendaient à rendre le riche plus riche, elles rendaient aussi le pauvre plus pauvre, plus dépendant et plus dépourvu. »

  • Ignacio Cassis en Zambie

    Admirez dans la Tribune de jeudi la photo de notre conseiller fédéral chez Glencore en Zambie. On l’y voit en plein air dans une cour entre des bâtiments sans étage, entouré de plusieurs personnes d’apparence blanche portant toutes un casque comme lui, et d’une dame qui n’est pas blanche sans casque. Faut-il en conclure que seul les premiers craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête ?

  • La politique identitaire des bourgeois

    À l’occasion des élections au Grand Conseil genevois, tous les grands partis politiques, de la droite jusque vers le centre gauche, prétendent défendre les bourgeois.
    Rappelons deux définitions du mot. Les bourgeois sont maîtres des capitaux productifs, comme l’a souligné Karl Marx. Wikipedia nous rappelle qu’en outre en Suisse le mot ‘bourgeoisie’ désigne le droit de cité ou de citoyenneté. Essentiellement elle va de pair avec le droit de vote.
    Une émission d’Histoire vivante de la télévision suisse romande du 5.11.2017 signale qu’au 19e siècle Glaris fut pionnier de la législation pour améliorer les conditions du travail industriel. Or ce canton pratiquait la Landsgemeinde où tous les hommes jouissaient d’une voix, et par conséquent les travailleurs industriels y avaient une voix prépondérante.
    Aujourd’hui les partis bourgeois rivalisent de propositions pour restreindre l’accès des travailleuses et des travailleurs à la bourgeoisie politique et donc au droit de vote. Du point de vue de la défense de leurs intérêts de classe ils ont tout compris.

  • Conversons les uns avec les autres, refusons « No Billag »

    Pour défendre l’initiative « No Billag » dans La Tribune du 23 février, le dr Romoscanu suppose que la Suisse n’est peuplée que d’individus isolés dont la rationalité ne tient compte que de leurs intérêts propres : nul besoin de converser les uns avec les autres. Il se place ainsi dans le sillage de Mme Thatcher qui prétendait que « la société n’existe pas ».
    Or, comme disent les alémaniques, la Suisse est un Willenstaat, un État construit à la force de la volonté de ses citoyens de vivre ensemble. Puisque les alémaniques sont assez nombreux, leurs médias se passeront sans doute sans peine de redevances publiques, mais les médias romands, italophones et autres seront précarisés et marginalisés. Confrontés au choix entre le züritütsch et le français de France, que choisiront les romands ? L’identité nationale s’effilochera, chacun partant de son côté.
    Calvin avait une vision autrement plus radicale de la société. « Dieu pourrait donner telle abondance à un chacun, que nul n’aurait affaire du secours de l’autre, mais il veut éprouver la dilection et fraternité que nous avons ensemble, quand nous communiquons ainsi les uns avec les autres… » ; « Dieu ... veut qu’un chacun s’emploie pour ses prochains, que nul ne soit adonné à son particulier, mais que nous servions tous en commun. »

  • Bon appétit !

    Personne ne semble contester que 15’000,- ont été dépensés pour des agapes pour le médecin-chef de l’armée et 29 de ses collègues. D’abord sanctionné, le médecin-chef a été réhabilité. Faut-il en conclure que les autorités trouvent légitime ce genre de comportement ?

  • LRens : gare à bien voter, on vous surveillera !

    Dans un interview dans la Tribune de Genève du 12 septembre, Guy Parmelin, Conseiller fédéral et chef du département fédéral de la défense, insiste que refuser la nouvelle loi sur le renseignement, c'est se rendre complice d'un futur attentat. Autrement dit, il menace les citoyen-ne-s qui expriment un avis contraire au sien de l'attention particulière de ses services. La Tribune tape sur le clou en mettant en titre de l'article une autre citation, *En cas de dérapage, les autorités agiront très vite."

    Qu'un UDC exprime de tels propos n'étonne guère ; la grande déception, c'est que ses collègues du Conseil fédéral qui tiennent la démocratie dans leur cœur plutôt que sur le fronton de leur parti n'aient pas aussitôt clamé leur désaccord.

  • RIE III : ne pas se tromper d'époque

    Ueli Maurer a dit "Nous avons sous-estimé la dynamique internationale qui s'est mise en place pour imposer des standards sur le plan mondial" (TdG du 27 juillet). Il se trompe, mais uniquement dans son choix du temps du verbe : il aurait dû dire *Nous persistons à sous-estimer…" au présent.

    Dans un article de Domaine Public du 19 juillet (http://www.domainepublic.ch/articles/29655), Lucien Erard explique la directive contre l'évasion fiscale que prépare l'Union européenne dans le sillage de l'OCDE et du G20.L'objectif est d'imposer les bénéfices dans le pays où ils ont été réalisés, et donc d'éviter qu'on les glisse vers des pays à faible imposition. Jusqu'ici, on se retenait d'imposer les revenus déjà imposés dans d'autres pays même si ces derniers ne prélevaient que des peanuts, mais la nouvelle directive prévoit que les pays membres de l'UE prélèvent le solde qui aurait été dû chez eux sur les bénéfices reçus de filiales de pays tiers qui n'y sont que faiblement imposés.

    Autrement dit, imposer à de bas tarifs les bénéfices de sociétés transnationales établies en Suisse n'aura plus d'avantage fiscal pour ces entreprises ; le seul résultat sera d'offrir sur un plateau au fisc d'autres États l'impôt que l'on renonce à prélever chez nous. Cet argument devrait suffire à convaincre même la droite à voter NON au RIE III.

  • La fumée appelle les fumistes

    D'après la Tribune de ce matin, nos législateurs fédéraux de droite refusent de durcir la loi sur le tabac. Le quotidien cite le vice-président du PLR : "Les gens sont grands et informés des risques. Laissons-les faire ce qu'ils veulent" "Nous sommes contre le principe d'un État qui décide ce qu'on doit faire" rajoute son collègue de parti Joachim Eder. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? 

    Pourquoi ces mêmes élus de droite refusent-ils de libéraliser le commerce des stupéfiants ? Qu'ils soient au moins cohérents.

  • Creuser des trous pour quoi faire ?

    Selon la Tribune d'hier, l'ouverture demain du nouveau tunnel ferroviaire de base du Gothard rend superflus les deux tubes de l'ancien. Et pourtant l'on s'acharne à dépenser une fortune pour creuser encore un nouveau trou. Pourquoi ne pas tout simplement faire passer les autos en surnombre par ces tubes existants désormais disponibles ? Si on chargeait les  autos sur des trains, les coûts d'adaptation du tunnel seraient minimes et les bénéfices seraient autant écologiques qu'économiques.

  • Rixe au Café du Commerce

    Bagarre entre intérêts sectaires sous le regard impuissant mais désapprobateur de l'économie de marché.

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  • Le Champ du Château à Bellevue : un rêve !

    Georges Bouvier, ancien maire de Bellevue, a raison (Lettre de lecteur, Tribune du 28 janvier). Le site du Champ du Château est unique. D'une part, il jouit d'une valeur économique certaine grâce à sa proximité des voies de communication (chemin de fer, autoroute, aéroport…). D'autre part il s'insère dans un paysage d'une beauté exceptionnelle. Ce que l'on y fait est visible loin à la ronde - non seulement dans le voisinage, ni de la rive gauche en face mais encore des hublots des avions qui empruntent l'aéroport. Le projet présenté au public belleviste il y a quelques semaines est d'une banalité affligeante, et ce n'est pas en le remplaçant par un projet tout aussi affligeant mais plus petit que l'on rendra justice aux qualités extraordinaires du site.

    "Pourquoi pas une architecture audacieuse, digne de notre XXIe siècle ?" demande M. Bouvier. En effet, le défi est d'envergure européenne, il appelle une réponse à sa mesure. Il est digne d'un concours international d'architecture propre à inspirer les plus grands talents à tirer le meilleur parti de ce site splendide et en faire un joyau de la couronne genevoise.

  • La constitution fédérale définit-elle le mariage ?

    Je mets Christophe Darbellay au défi de citer l'article de la Constitution fédérale qui définit le mariage comme 'union d'un homme et d'une femme (ou inversement), comme il le prétend dans la Tribune du 19 janvier.

    D'ailleurs je m'étonne que l'initiative du PDC n'ait pas été déclaré irrecevable pour manque d'unité de matière.