26/12/2011

Les entreprises sont des entreprises, même si elles sont publiques

 

Que se passe-t-il aux SIG ? On nous apprend coup sur coup que l'État s'approprie 120 mio. de ses bénéfices et qu'ils s'achètent pour 300 mio. une part minoritaire dans un producteur d'énergies renouvelables (TdG du 23.12).

On comprend tout à fait qu'un service public fournisseur d'électricité s'engage davantage dans l'intégration verticale pour assurer son approvisionnement et donc le nôtre. Mais est-ce un hasard qu'il le fasse au moment où l'État convoite ses bénéfices, ou bien est-ce une façon de mettre ses bénéfices à l'abri de telles velléités ?

Et ces bénéfices ? Que les SIG accumulent des réserves en vue d'investissements tels qu'ils viennent d'engager fait partie de la bonne gestion de l'entreprise. En revanche, qu'elle en remette une somme importante à l'un seul de ses actionnaires étonne. La bonne gouvernance d'entreprise exige que tous les actionnaires soient traités de la même manière. Une part proportionnelle identique revient aux actionnaires minoritaires, les communes.

On peut pousser la réflexion encore plus loin. Ces bénéfices viennent de la poche des consommateurs, de notre poche. S'ils ne servent pas à financer des investissements, les consommateurs ont-ils payé trop cher leur électricité ? Une entreprise, monopole certes mais de service public, n'a pas à faire des bénéfices comme n'importe quelle SA du secteur privé (et même dans ce cas... ). N'aurait-il pas fallu plutôt offrir une ristourne aux clients ?

D'ailleurs, nous les consommateurs d'électricité sommes aussi contribuables. Si l'État a besoin de nos sous, les impôts fournissent le moyen le plus équitable et le plus démocratique de les prélever.

Or le gouvernement fédéral envisage de prélever une part des loyers payés par les commerces des aéroports de Genève et de Zürich pour subventionner les compagnies aériennes qui les fréquentent. C'est une ingérence dans la gestion interne de ces entreprises aéroportuaires. Dans ce cas aussi, des autorités politiques contournent la voie des impôts qui leur est réservée et qui est réglée selon des décisions démocratiques, pour sombrer dans l'arbitraire.

La victime principale de ce genre d'intervention, en fin de compte c'est l'État de droit.

 

 

15:32 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

20/12/2011

Qui défend l'économie de marché ?

 

Les contribuables suisses furent obligés de plonger profondément dans leurs réserves pour renflouer l'UBS qui menaçait de couler suite à son inconduite. Dans la foulée, l'ancien conseiller fédéral radical Kaspar Villiger accéda à la présidence du conseil d'administration de la banque, cautionnant l'entourloupe. Prendre des risques fait partie des vertus de l'esprit d'entreprise, mais les faire payer par des tiers, en l'occurrence les contribuables qui n'ont pas le choix, est contraire aux règles de l'économie libérale de marché.

À présent la Banque Nationale Suisse maintient le cours du franc en dessous de la valeur que le marché lui donne. Par conséquent l'ensemble des consommatrices et des consommateurs du pays paient trop cher les produits importés qu'ils consomment. En revanche la sous-évaluation du franc fait plaisir à Swissmem, association des industries des machines, des équipements électriques et des métaux. Grâce au franc rendu bon marché par des mesures politiques et administratives, ses membres peuvent d'autant mieux exporter leurs produits. Johann Schneider-Ammann en fut son président jusqu'en 2010 ; il est actuellement conseiller fédéral libéral-radical chargé du département de l'économie. Il se prétend pourtant défenseur de l'économie de marché.

Bref, les principes de l'économie libérale de marché et du moins d'État ne résistent pas aux avantages particuliers que l'on peut gagner en exploitant la filière politique quand elle mène plus directement dans la poche des habitants du pays. Les personnalités qui méritent notre respect sont celles qui restent fidèles aux principes qu'ils proclament.

 

 

10:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

16/12/2011

Emissions de carbone : un petit montre la voie

Notre parlement fédéral vient de renoncer à une taxe sur les émissions de carbone des automobiles.

Entretemps Maurice, pays insulaire de 1,3 millions d'habitants au milieu de l'Océan indien, vient d'en introduire une, et autrement plus efficace que celle que nos autorités viennent de refuser. En effet, la charge s'impose d'un seul coup au moment de l'achat d'un véhicule neuf, et encore selon un barême progressif. Aucune surcharge pour des émissions inférieures à 158 gr/km, mais au-delà elle augmente de façon à creuser sensiblement le porte-monnaie : pour 190 gr/km elle est de presque CHF 3000 et pour 290 gr/km elle est de presque CHF 20'000.

Pour en découvrir tous les détails, voir : http://www.lexpress.mu/services/archivenews-26433-parleme...

19:23 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

15/12/2011

Une lettre mauricienne

 

Maurice n'est pas la Perse de Montesquieu. Petit pays certes, planté au milieu de l'Océan indien, démocratie comme on en trouve peu dans le monde, il jouit d'une économie dynamique, imaginative et diversifiée dont la prospérité dépend actuellement du tourisme, du sucre, de la pêche et d'industries et de services qui servent les marchés locaux et d'exportation, outre un secteur financier d'importance internationale.

Chaque année le gouverneur de la banque centrale, la Bank of Mauritius, convie le gratin de l'économie à un banquet. Lors de son discours le 1er décembre de cette année, M. Bheenick tint des propos que l'on souhaiterait entendre de la bouche des gouverneurs de banques centrales de pays plus proches de nous, pas plus éloignés que, disons, Francfort ou Berne.

  • Je suis sûr que je ne suis pas seul ici ce soir à me poser des questions sur la financiarisation croissante de l'économie, dit M. Bheenick. Les « indignés » expriment le même souci. Les citoyens s'insurgent contre les Seigneurs de la finance que se paient de gras bonus sur le dos du secteur public qui l'a sauvé tandis que l'économie réelle plonge, entraînant licenciements, faillites et chômage.
  • Vous auriez cru qu'il serait dans l'intérêt de nos banques de réduire les frais qu'elles imposent à leurs clients, pour les aider plutôt à s'adapter aux conditions déprimées de leur marché et à leurs marges bénéficiaires réduites. Nous souhaitons que nos banques soient rentables, mais nous nous opposons aux profits qui dépassent les bornes.

Et d'aligner une série d'objectifs pour les banques :

  • Que leur rémunération corresponde mieux à l'éthique en se souciant davantage des actionnaires, des entreprises et des petits clients.
  • Qu'elles diversifient la composition de leur conseil d'administration afin que les bénéfices et les rendements mirobolants ne deviennent pas une obsession.
  • Réalisons une vision où le rendement financier n'est pas le seul but, où le rôle social et d'entreprise des banques soit ranimé.
  • Réalisons une vision où les intérêts des banques soient mieux alignés avec celles de la population en général.
  • Ensemble, embrassons une vision où l'affaire de la banque soit de servir une société prospère et juste.

Il faut éviter, insiste-t-il pour conclure, que le nom de 'banquier' se transforme en 'bankster' (rime avec gangster).

 

Le discours entier en anglais se trouve sur le site de la Bank of Mauritius - www.bom.mu - sous forme soit de texte soit de vidéo.

 

 

08:34 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook