05/11/2014

À Shanghai le marché combat les embouteillages

Que faire pour remédier aux embouteillages ? Shanghai a trouvé une parade dans l'économie de marché. Chaque mois, les autorités municipales fixent le nombre de nouvelles plaques d'immatriculation que peut supporter l'infrastructure routière, qui est par ailleurs en constante amélioration. Le nombre tourne autour de 8000 nouvelles plaques par mois, par rapport à un total d'environ 3 millions de véhicules sur les routes de cette ville de 24 millions d'habitants. Les plaques sont mises aux enchères sur internet. Le prix d'une plaque tourne autour de CHF 13000. Une fois acquise elle est valable indéfiniment. Son propriétaire peut la revendre librement.

On croirait cette solution idéale pour Genève, si profondément enracinée dans l'économie de marché. Bizarrement, lorsque je l'évoque autour de moi mes interlocuteurs même de la droite libérale s'avèrent réticents, arguant que la méthode est injuste parce qu'elle privilégie les riches. En effet, mais c'est là l'essence même de l'économie de marché tout entière.

Or, selon les autorités de Shanghai, le revenu provenant de la vente de plaques - qui frise le milliard de CHF par année ! - sert notamment à financer les transports publics, qui sont de très bonne qualité : l'offre s'étend des vélibs au train à lévitation magnétique.

Si on n'aime pas le marché libre, on peut se tourner vers la variante de Beijing. Comme à Shanghai, le nombre de plaques y est limité en fonction de la capacité de l'infrastructure (et de la pollution de l'air, qui est un fléau à Beijing), mais elles sont distribuées non par enchères mais par loterie. Les Chinois trouvent cependant que cette méthode est moins efficace et moins équitable que le marché.

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Commentaires

il n'y pas que des suisses qui roulent à genève...

Écrit par : nathalie ory | 05/11/2014

Approche intéressante, combinant économie de marché et intervention de l'Etat.

En effet, du point de vue moral il peut être discutable de passer par un système d'enchères pour les plaques, ne laissant ainsi une chance qu'aux plus aisés d'en obtenir. Toutefois, à partir du moment où les montants réunis servent à financier le développement (voire la gratuité?) d'autres moyens de transport à disposition du plus grand nombre, l'on assiste à une forme de redistribution qui rend la solution très acceptable.

Comme le soulignait Karl Polanyi, aucun système de marché n'a jamais existé en-dehors d'un système politique (le libre-marché total est une vue de l'esprit) et c'est donc en combinant le marché avec une régulation politique intelligente que l'on peut arriver à des compromis sociaux acceptables par tous.

Écrit par : Warren Smith | 06/11/2014

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