25/11/2015

José Poncini, un visionnaire suisse qui amorça le développement industriel de Maurice

José Poncini, consul de Suisse à Maurice, y est décédé lundi le 23 novembre à l'âge de 87 ans. Il a joué un rôle unique dans la transformation de l'économie mauricienne d'une île sucrière à bout de souffle en une économie diversifiée et dynamique.

Né à Maurice de père suisse et de mère mauricienne, il fit des études d'économie à l'université de Lausanne, où il tomba sous l'influence de Maurice Bourquin, professeur qui avait pour dada la décentralisation, le déplacement d'activités économiques en dehors des centres établis. Le père de José était commerçant à Port Louis, la capitale de Maurice ; il importait tout ce qui était suisse - produits pharmaceutiques, engrais, bijouterie, montres… L'entretien des montres, mécaniques à l'époque, constituait un élément exigeant du service après-vente de l'entreprise. Il expédia donc son fils, une fois sa licence en économie dans la poche, accomplir un apprentissage d'horloger. 

Rentré au bercail dans les années 1950, il retrouva un pays où sévissait un chômage catastrophique. Soucieux d'y remédier dans la mesure des moyens qu'offraient l'entreprise familiale et fort de sa double formation, il démonta mentalement une montre pièce par pièce et opération par opération afin d'en identifier celle qui se prêtait le mieux à une décentralisation vers l'île Maurice. Il fallait vingt opérations pour fabriquer une pierre de montre (le pivot ou vient se fixer des axes qui tournent). L'opération qui exigeait le plus de main-d'œuvre de toute la fabrication d'une montre était le percement du trou au milieu de la pierre. Poncini était convaincu qu'il était rentable d'envoyer des rubis à Maurice et retour pour cette seule opération. Restait à convaincre d'une part l'industrie horlogère suisse et d'autre part les autorités mauriciennes. Cela lui prit une dizaine d'années, mais en 1965 l'entreprise Micro Jewels Ltd ouvrit ses portes. La zone industrielle d'exportation de Maurice était née. L'essor industriel du pays se fonda donc sur l'exportation … de trous !

Chez José Poncini, quelle combinaison invraisemblable d'heureux hasards, de talents et d'occasions saisies ; Jean-Claude de l'Estrac, qui fut par la suite Ministre de l'Industrie et de la Technologie industrielle, le résume : "Il était un entrepreneur et un poète."

 

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Commentaires

J ai eu le bonheur de le connaitre. Il etait de la generation de mon pere , qui le respectait enormement pour son esprit cartesien et sa lucidite souvent provocante et derangeante . Il a effectivement aide a desenclaver les esprits mauriciens,effroyablement insulaires et prisonniers, qui ne voyaient que de la canne et du sucre partout . Cela lui a pris bien du temps , en effet , pour convaincre , mais la route du pionnier , c'est ainsi ...Un homme droit, un homme discipline , comme on n'en fait plus . Et dire que certains politiciens ont meme essaye de kidnapper ce qu'il avait entrepris !

Écrit par : philippe FORGET | 26/11/2015

Tribute to José Poncini

José Poncini was Swiss, as well as profoundly Mauritian. But he was primarily a world citizen. He had a global understanding a.o. on economy, geopolitics and world affairs, but acted locally for the wealth of his beloved Mauritius. He was free of any sectarism, did not belong to any political or religious movement, but was resolutely acting in term of solutions, always for the benefit of all involved. Malcolm de Chazal said once: «José Poncini is the only businessman I know, who is a poet». Yes, José was above all, poet, philosopher and humanist. He did not like the cult of personality. He admired a.o. Lucrèce (De rerum natura) for his universal mind. During his stay in Lausanne,Switzerland, away from his family in Mauritius, where he studied as adolescent, he interacted with famous comrades like the current king of Thailand, Professor Dušan Sidjansky the political scientist and many others. Among his many talents, he was a very famous ice hockey player in the club of Villars-sur Ollon, a ski station in Switzerland, where he played at week-ends during his studies.

Since he was stuck in Switzerland during World War 2 after his studies at the university of Lausanne, José underwent an apprenticeship in watchmaking since his uncle was a watchmaker. After that, José could not only repair watches but could also construct them.
This is were he developed an extraordinary technical acumen, which later helped him in industrializing Mauritius.

Besides that, he was a passionate sailor,a bird watcher, sky watcher, knew how to fertilize a vanilla flower. He was completely fascinated by the theory of the birth of the universe with its Planck wall and the chaos theory of Lorenz. So, he forged himself a comprehensive understanding of the world as it was, is and will be.

Honesty, integrity, kindness were for José intrinsic values of his personality. In a world in complete disarray we are experiencing now, we would desperately need personalities like José.

For all those who had the fortune of knowing him, putting into practice what José has represented for them is, I think, the best tribute we can do to him.

José ,we are missing you very much!

Pierre H. Freymond, Zoug/Switzerland, December 1st, 2015
(I was (as cousin-in-law), very blessed to have intense, almost daily contacts with José in the past eight years. Together, we shared many of the same ideals and values.)

Écrit par : Pierre Freymond | 01/12/2015

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