Le blog d'Edouard Dommen - Page 4

  • Un historien à la mémoire courte

    À la radio suisse romande ce matin on a entendu un professeur d'histoire dire qu'il était inadmissible que des Grecs comparent l'Allemagne de Mme Merkel à l'Allemagne nazie. Le professeur manque de mémoire : pendant la 2e guerre mondiale l'Allemagne avait affamé la Grèce. Cela fut d'ailleurs la cause de la fondation de "l'Oxford Committee for Famine Relief", l'Oxfam d'aujourd'hui. Et maintenant la politique allemande affame de nouveau la Grèce. On peut comprendre que des Grecs fassent le rapprochement.

  • Des valeurs constantes

    "Notre luxe et notre avarice, concentrant nos petites âmes dans la sphère étroite de l'intérêt particulier, ont détruit en elles l'amour de la justice"

    Ainsi écrivit le pasteur Paul-Claude Moultou à Jean-Jacques Rousseau après la condamnation de l'Émile et du Contrat social par les autorités genevoises. Son observation va comme un gant aux banquiers suisses d'aujourd'hui, toujours à l'affût de resquilleurs du fisc d'autres pays et de détenteurs d'argent sale.

    La citation est tirée de l'ouvrage de Guillaume Chenevière, Rousseau, une histoire genevoise (p. 159).

  • Faut-il jouer les retraites au Casino ?

    Il y a belle lurette que tout le monde s'est rendu compte que les autorités fédérales, exécutif et législatif confondus, sont à la botte des banques et de la finance. Ce lobby a déjà poussé le bouchon trop loin, mais il s'acharne encore.

    Les caisses de retraite des cantons sont parfaitement viables : les cantons s'engagent à verser les retraites. Ils sont tout à fait en mesure de couvrir ces dépenses courantes à partir du revenu courant des impôts, comme cela s'est toujours fait. La méthode est équitable, efficace et sûre - mais la finance n'y gagne rien. Il faut donc obliger les cantons à passer par le guichet des institutions financières pour se procurer des instruments financiers sorciers coûteux dont l'insécurité n'est plus à prouver, qui rapportent gros à leurs fournisseurs, dont des millions à certains de leurs employés individuellement. C'est une honte.

  • Pour Romney, l'argent n'a pas d'odeur.

    On ne s'étonne pas que Crédit Suisse et UBS soutiennent Mitt Romney aux élections présidentielles étasuniennes. On s'étonne en revanche que le candidat accepte des subventions de ces deux entreprises et de certains de leurs employés (l'article de la Tribune du 13 septembre ne cite aucune femme parmi eux). L'inconduite des deux banques par rapport aux lois des États Unis, ainsi que de milliers de leurs employé-e-s de l'avis même de leurs employeurs, est notoire. M. Romney n'a-t-il aucune pudeur ? Ne craint-il pas au moins pour sa réputation ?

  • Ringarde, la morale de Calvin ?

    Un employé du CSP a pris de l'argent de son institution et s'en est allé le jouer au casino, espérant ainsi rembourser son employeur et en tirer un bénéfice pour lui-même. Mais, ô malheur, il le perdit.

    À l'UBS des employés prirent de l'argent de la banque pour le jouer au casino, autrement dit à la bourse, pariant dans le mauvais sens sur les actions Facebook. Mais, ô malheur, ils perdirent.

    L'employé du CSP perdit 55'000,- à son employeur. Le CSP le renvoya et la justice le poursuit. Il fit pourtant preuve d'esprit d'entreprise et de goût du risque, des vertus prisées des fleurons de l'Économie suisse.

    L'UBS perdit quelques 550'000'000 (environ), dix mille fois plus. Il semble qu'aucun employé n'ait été inquiété, et la justice ne s'intéresse pas à l'affaire.

    Où sont les vraies valeurs ? À la Bahnhofstrasse ? ou à la Renfile ?

     

     

  • L'utopie néo-libérale, un château en Espagne ?

    L'utopie néo-libérale s'observe à l'œuvre en Espagne. Elle donne des feux de forêt parce que les collectivités ne disposent plus des moyens d'entretenir les bois et en particulier de dégager les coupe-feu, et par manque de pompiers pour combattre l'incendie quand il éclate. Les petites gens perdent leurs biens dans les campings ou les maisons nichées dans les bois, mais cela ne gêne guère les riches dont les biens sont plutôt amarrés à Málaga.

    En Espagne, un quart de celles et ceux qui souhaitent travailler ne trouvent pas d'emploi.

    L'utopie néo-libérale vante les entrepreneurs, car ils sont censés être énergiques et innovants, toujours à l'affût de nouvelles possibilités. Eh bien, ils n'ont rien trouvé. Ces maîtres de l'efficacité, de l'exploitation de toute ressource, laissent à l'abandon l'énorme ressource que constitue le quart de la main d'œuvre du pays.

    Les utopistes néo-libéraux, se disant soucieux du bien des générations futures, insistent qu'il ne faut surtout pas les charger du fardeau d'une dette. Or, ces générations futures seront libres de décider le moment venu si elles souhaitent s'en charger ou pas : libres à elles de la répudier comme l'ont fait tant d'États tout au cours de l'histoire. En revanche, ces mêmes utopistes chargent la génération future du fardeau immédiat et pesant du chômage : la moitié des jeunes espagnol-e-s sont sans travail. Les utopistes se moquent des générations futures.

    À l'épreuve de la réalité, l'utopie néo-libérale s'avère moche et méchante.

     

     

  • L'armée suisse qui viendra au secours des genevois

     

    L'armée suisse forme à la guerre en montagne des militaires russes. En contrepartie, l'armée russe forme des militaires suisses. L'armée russe est effectivement engagée dans une guerre de répression dans les montagnes du Caucase, avec son lot de tortures et d'autres atrocités. Voilà une conception originale de la neutralité suisse.

    En tout cas, les Genevois-es, qui s'apprêtent à voter une nouvelle constitution qui prévoit à l'article 112 le recours à l'armée suisse pour maintenir l'ordre civil à Genève, sont prévenu-e-s.

     

     

  • Soyons honnêtes

    J'ai signé les trois référendums de l'ASIN contre les traités fiscaux avec l'Allemagne, l'Autriche et le Royaume Uni. Non pas que je soutiens l'ASIN dans sa volonté de défendre une Suisse receleuse, mais au contraire pour m'opposer à la compromission par laquelle la Suisse cherche encore et toujours à offrir un vestige de couverture aux fraudeurs du fisc, aux pique-assiette qui veulent profiter des services de leur collectivité sans payer leur part.

     

     

  • Les exportations suisses se portent bien en Chine

     

    Jeudi soir au téléjournal nous avons vu Johann Schneider-Ammann en Chine vanter tout sourire la compétitivité des exportations suisses. Il s'est étalé sur les vertus des la qualité suisse traditionnelle, mais il a soigneusement tu un facteur décisif : la subvention aux exportations que paient tous les habitants de la Suisse. Par le biais du franc maintenu à un niveau artificiellement bas ils paient trop cher tout ce qu'ils achètent. M. Schneider-Ammann avait raison de rester discret à ce sujet : d'une part cette intervention étatique dans le libre cours du marché contredit l'un des principes fondamentaux de son parti et d'autre part elle arrange à merveille les affaires de l'entreprise familiale de sa femme.

     

     

  • l'Etat fainéant

    À la belle époque du secret bancaire, si l'on rapportait aux autorités qu'une banque suisse couvrait les activités délictueuses d'un-e de leurs client-e-s, les autorités répondaient que si on leur apportait la preuve que c'était vrai, elles iraient voir si c'était vrai.

    Aujourd'hui, la presse rapporte qu'elle a retrouvé en Syrie des grenades suisses qui selon la législation en vigueur ne devraient pas s'y trouver, de surcroît fabriquées par une entreprise propriété de la Confédération elle-même. De nouveau, les autorités demandent qu'on leur donne la preuve que c'est vrai et elles iront voir si c'est vrai.

    Lorsque l'ancien Parti radical exigeait "moins d'État" il n'avait pas tort, si le rôle de l'État n'est que d'aller faire en double ce que le privé a déjà fait. À quand une police qui nous dira "Vous avez été cambriolé ? Amenez-nous le cambrioleur et on ira voir si c'est le cambrioleur." ?

     

     

  • Sauver l'Euro : voici pourquoi

     

    Les pontes de l'Euro dévoilent enfin le fond de leur pensée : si ils souhaitent que la Grèce demeure dans la zone Euro, c'est pour s'éviter les frais du démantèlement de l'appareil branlant. Bref, l'Euro c'est comme une centrale nucléaire suisse : les bailleurs de fonds continuent à la faire tourner malgré les dangers pour le public afin de s'éviter des dépenses qu'ils ont manqué de prévoir au début.

     

  • Mieux vaut être riche et en bonne compagnie …

     

    Le long procès BCGe se termine enfin, mais en eau de boudin. Les deux réviseurs se sont arrangés et les responsables écopent de jours-amende avec sursis, tandis que les contribuables genevois continuent de payer les vastes dégâts de l'inconduite de ces messieurs. Comme d'habitude, le chef n'a rien vu et cela suffit à le disculper. À quoi ça sert alors, un chef ?

    Après l'UBS où, malgré le refus des actionnaires de voter la décharge au conseil d'administration, tant la banque elle-même que les autorités fédérales ont refusé de leur faire un procès, qui s'étonnera ?

    Le moindre voleur à la tire souffre des foudres de la police, de la justice et des gens bien-pensants, malgré qu'il n'extraie que des cacahuètes de votre poche par rapport à ce que la BCGe vous en a tiré, mais on ne se chicane pas entre gens de bonne compagnie.

    Bref, si jamais vous ne vous en étiez pas encore rendu compte, il y a une justice pour les riches et une autre pour ... les autres.

     

     

  • La taille et son fermier

     

    Le Conseil rejoint le moyen âge non seulement avec sa trouvaille de la capitation, soit d'un impôt d'un montant unique imposé à tout le monde. Il renonce en outre à confier la collecte de cet impôt aux autorités fiscales pour la confier à une entreprise privée, autrement dit à un fermier. Sous l'Ancien régime, les fermiers étaient des entreprises qui gagnaient un revenu en exploitant un gisement imposable.

    Dans le cas du nouvel impôt suisse, Billag SA exercera cet office à but lucratif. Billag SA est filiale de Swisscom SA, entreprise cotée en bourse.

    La Révolution française supprima la ferme en 1790, et en 1794 on guillotina 28 anciens fermiers généraux.

     

     

  • Le Conseil fédéral nous ramène au moyen âge.

     

    Jusqu'ici, on payait une taxe pour recevoir les émissions de radio et de TV. Rappelons qu'une taxe est un paiement pour un service rendu. Celles et ceux qui ne recevaient pas ses émissions ne payaient donc pas la taxe.

    Maintenant les autorités fédérales proposent de remplacer cette taxe par un impôt. Un impôt est un paiement obligatoire aux autorités publiques sans contrepartie directe. Sous le prétexte hors de propos que l'on peut aujourd'hui capter des émissions radio et TV sur des appareils autres que des radios et TV, on réintroduit le plus régressif et rétrograde des impôts qui soit : la capitation, un impôt d'un montant unique que tout le monde doit payer quelle que soit sa condition. Le président de Novartis comme le chômeur payera 400,-.

    En France ce genre d'iniquité fut supprimé en 1789, à l'aurore de la Révolution. En Angleterre, Mme Thatcher provoqua sa propre chute, précédée d'émeutes, lorsqu'elle tenta de le réintroduire en 1990.

    Pour dorer tant soit peu la pilule, les autorités proposent que certains miséreux, les bénéficiaires de rentes complémentaires, en seraient excusés. Mais du même coup elles proposent que tout entreprise d'un capital de moins de 500'000,- en serait aussi dispensée. Nous venons de voir la combine aux réserves défiscalisées que les grandes entreprises "remboursent" actuellement à leurs actionnaires au lieu de payer des dividendes imposables. Croyez-vous vraiment qu'aucune de ces entreprises ne détienne dans son escarcelle une filiale à moins de 500'000 francs ? Si elles n'en détiennent pas encore, elles sauront vite combler la lacune.

    Refusons la capitation. L'impôt progressif est la base de toute fiscalité équitable.

     

     

  • Les copains d'abord

     

    Le Conseiller fédéral Johann Schneider Ammann propose de nommer Roman Boutellier à un poste important dans son département. M. Boutellier est actuellement successeur de M. Schneider Ammann à la tête de ... l'Ammann Group. Cela confirme pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué que le Suisse devient de plus en plus une république bananière.

    Pour enfoncer le clou, n'oublions pas que les autorités fédérales maintiennent un franc suisse sérieusement sous-évalué. Cela profite aux exportations de l'Ammann Group et d'autres entreprises du même genre - d'ailleurs M. Schneider Ammann fut président de Swissmem, association qui "regroupe des entreprises de l'industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux" - au dépens des consommateurs et consommatrices du pays, autrement dit de l'ensemble de la population car à cause du franc sous-évalué nous payons toutes et tous trop cher plus ou moins tout ce que nous achetons.

    Autrement dit, la population tout entière est mise à contribution pour subventionner la rentabilité de quelques industries comme l'Ammann Group.