Le blog d'Edouard Dommen - Page 6

  • À propos de certains commentaires

    Mon blog sur la dette grecque a suscité un nombre de commentaires qui me réjouit, quoique modeste par rapport à ce que suscitent d'autres bloggeurs.

    Cependant quelques uns des commentateurs se sont lancé dans un débat passionné entre eux qui s'éloigne du thème du blog original. En les priant de m'excuser, et sachant qu'ils ont d'autres lieux pour poursuivre leurs échanges, je renonce à afficher ici la suite de leur débat sur ce thème précis. J'espère qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur et que je retrouverai de nouveaux commentaires de leur part sur d'autres thèmes à l'avenir.

  • La crise grecque : se réveiller en riant

    Quel plaisir d'écouter à la radio ce matin un politicien du PLR se fondre en confusion à propos de la votation grecque. D'une part il ne pouvait approuver une proposition qui contrarie les intérêts économiques que servent son parti, mais d'autre part il ne pouvait la désapprouver sans froisser l'UDC avec qui son parti souhaite bien s'entendre et qui est friande de consultations populaires. En fin de compte il s'est rabattu sur la vieille rengaine des radicaux selon laquelle l'idée est bonne mais que c'est le mauvais moment. Il dévoila quand même le fond de sa pensée en insistant que le bon moment était passé, d'où il s'ensuit qu'il ne faut pas consulter la population.

    Il est pourtant évident qu'elle mérite d'être consultée sur un train de mesures qui impose tant de privations à tant de monde. D'ailleurs elle s'exprime déjà sur la question, dans la rue (voir mon blog d'hier). On rigole au désarroi que provoque cette proposition chez les chefs politiques des grandes puissances démocratiques d'Europe occidentale. Ils et - elle - révèlent ainsi qu'ils préfèrent se montrer puissants que démocrates.

    Preuve s'il en fallait que cette mesure démocratique ébranle la dictature de la finance, les bourses se sont aussitôt montré plus modestes en chutant de quelques pourcents.

  • Il faut écouter la rue

    La semaine passée l'hebdomadaire "The Economist" présentait un article sur la relation entre coupes budgétaires et désordres sociaux. Il fournit un lien à plusieurs articles académiques qui analysent la relation sur plusieurs années, en Inde, en Amérique latine et plus généralement de par le monde. La conclusion est sans équivoque : les coupes budgétaires et les coupes dans les prestations sociales en particulier provoquent des désordres, que le régime en place soit totalitaire ou démocratique. En revanche, les augmentations d'impôts n'en provoquent pas. Les gens bien ne descendent pas dans la rue. Or ces deux genres de mesure politique ne provoquent pas de bouleversement électoral particulier dans les régimes démocratiques. Il semblerait donc que les victimes des coupes budgétaires se manifestent moins dans les élections et votations. Ces activités conviennent mieux à celles et ceux qui manient aisément les mots et les stylos.

    Il s'ensuit que la rue fait partie intégrante de la panoplie des instruments d'expression politique dont dispose la population. La restreindre cherche à exclure les moins intellectuel-le-s du processus politique et ainsi à fausser le jeu. Or, les études qui cite The Economist concluent en outre que les tentatives de répression policière ne sont efficaces qu'à court terme. Mieux vaut donc écouter la rue. Courage et constance aux indignés et autres occupants de Wall Street !

    Les Genevois peuvent se réjouir que les recherches universitaires de différents pays découvrent enfin ce qu'eux avaient découvert lors de la fusillade de 1932 déjà. Il est salutaire de se le rappeler alors que des politiciens de la droite genevoise à la mémoire courte souhaitent de nouveau restreindre la liberté de manifester.

  • L'Occident et l'Orient se rapprochent

    D'après l'hebdomadaire anglais "The Economist" de cette semaine, en Chine les migrants de la campagne ont de la peine à obtenir des attestations de résidant en ville (hukou), même s'ils y habitent depuis plusieurs années. La plupart des administrations urbaines préfèrent ne pas les distribuer parce qu'elles s'engageraient par ce biais à fournir aux détenteurs la gamme complète de protections sociales.

    Faut-il se réjouir que la Chine se rapproche ainsi de la pratique suisse ?

  • L'heure des systèmes d'échanges locaux est arrivée !

    Les banques ont la capacité de créer de l'argent, et elles en usent libéralement pour des montants invraisemblables. Lorsque les affaires tournent mal, les gouvernements accourent à leur rescousse avec des sommes correspondantes en monnaie réelle aux frais des contribuables. L'apport de la Confédération - donc de nous toutes et tous - au sauvetage de l'UBS aurait payé douze fois la modernisation souhaitée du réseau CFF de l'entier de la région lémanique ; le montant engagé par les contribuables genevoises et genevois pour sauver la BCGe aurait déjà payé la moitié de cette modernisation. Non loin de chez nous, les créanciers réduisent la population grecque à la misère tandis les gouvernements versent des milliards à ces mêmes créanciers.

    Les banques ont pris les collectivités publiques en ôtage ; pour reprendre le slogan du mouvement désormais international "Occupy Wall Street", les 1% tiennent les 99% contre rançon.

    Or les 99% disposent aussi de moyens de créer de l'argent, dont notamment des Systèmes d'échanges locaux (SEL) : (www.sel-suisse.ch). Les gens s'échangent des biens et des services en les comptabilisant au moyen d'une unité de compte créée entre elles et eux indépendante du bastringue financier régi par les banques soutenues par l'État.

    Les SEL, qui ont su s'attirer la sympathie narquoise de certaines et de certains depuis leur invention dans une ville autrichienne au cours de la dépression des années 1930, ont évidemment attiré les foudres plus éclatantes des grands intérêts financiers, dont les fractions parlementaires au service des banques. Ces milieux, lorsqu'ils ne font pas appel au mythe nostalgique devenu mensonge du monopole de l'État sur la création de monnaie, nous font la leçon sur l'obligation de payer ses impôts, soulignant que les SEL peuvent facilement la contourner (c'est le cas de citer le dicton "l'hypocrisie est l'hommage que rend le vice à la vertu"). En France, où la jurisprudence se développe, les règles de sujétion des SEL à l'impôt se mettent gentiment en place (voir l'article 'Système d'échange local' dans Wikipédia).

    Actuellement des mouvements populaires quoiqu'encore embryonnaires qui contestent l'hégémonie de la finance prennent de l'ampleur ä Genève comme à Zurich et ailleurs. C'est le moment pour les SEL de sortir du folklore pour prendre leur place de plein droit dans la panoplie des instruments d'échange à la disposition des collectivités et notamment des groupement locaux.

  • Remettre la Grèce en marche

    Le chômage en Grèce est de passé 16%, et de presque 33% chez les jeunes, d'après les chiffres officielles ; d'après une source syndicale grecque il serait de 23%, et de 40% chez les jeunes. Quel gaspillage ! Voilà une ressource abondante laissée en friche. Évidemment, elle travaillerait mieux si elle était pourvue de machines, d'outils, de formation, d'infrastructure physique et sociale, bref de capital.

    Si l'on voulait aider la Grèce à se remettre en marche, mieux vaudrait lui fournir ce genre de capital, réel et productif, plutôt que de donner de l'argent à des banques d'affaires, des spéculateurs et des usuriers, généralement situés à l'étranger. D'ailleurs ces mêmes milieux financiers nous expliquent sans cesse que le taux d'intérêt sert à payer la prise de risque. Ils ont pris leur risque, ils ont été payés par l'intérêt qu'ils ont reçu, ils sont quittes. Que le soutien international se tourne désormais vers l'économie réelle.

  • La criminalité se rit des jours-amende

    Une annonce pleine page du PLR dans la Tribune d'aujourd'hui nous le rappelle. Elle l'illustre par une photo d'un jeune "hoody" qui entre sans effraction dans un appartement qui semble se trouver à Paris. L'annonce aurait pu choisir une photo du compteur de vitesse d'une Bentley Continental qui roule à 325 km/h en Suisse, entre Coppet et Le Vengeron, car d'après la presse les chauffards se rient autant des jours-amende. En revanche les propriétaires de Bentley risquent d'avantage de voter PLR que les hoodies.

  • Que les femmes restent chez elles

    La Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, que préside Pierre Maudet, propose un service obligatoire à la collectivité qui pourra être civil ou militaire au choix. L'obligation de servir la collectivité selon une logique autre que celle du système de marché est une excellente idée. Mettre le service civil sur le même pied que le militaire revient à reconnaître enfin à sa juste valeur l'apport des civilistes à la société.

    En revanche le projet refuse toujours l'égalité citoyenne aux femmes. Qu'en pensent-elles ?

  • Revoir la révision des comptes

    L'UE réfléchirait à un meilleur contrôle du métier de réviseur de comptes. Selon une fuite rapportée dans l'hebdomadaire britannique The Economist cette semaine, le commissaire Michel Barnier envisage deux réformes particulièrement souhaitables.

    D'une part, il propose d'obliger les entreprises à changer régulièrement de réviseur. Cela mettrait fin aux habitudes confortables, aux petits arrangements et aux copinages qui entament actuellement la confiance que les parties-prenantes - actionnaires et syndicats, par exemple - accordent aux comptes des entreprises. C'est normalement lors d'un changement de comptable, voire de réviseur, que les données douteuses se découvrent. C'est pour cette raison que le comptable qui a quelque chose à se reprocher est souvent modèle d'assiduité au travail, ne prenant pas de vacances et évitant de tomber malade.L'association suisse d'actionnaires "éthiques" Actares (www.actares.ch) défend déjà cette position en votant systématiquement lors des assemblées générales d'actionnaires contre la réélection illimitée des réviseurs.

    D'autre part, il propose de séparer la révision proprement dite et les activités de consultation. Ces dernières servent entre autres à inventer les pratiques créatives que les réviseurs auront à contrôler par la suite. Mieux vaut donc pour la crédibilité des contrôles que les deux activités revinssent à des entreprises distinctes. Par ailleurs, le "consulting" étant plus rentable que la révision, les consultants ne vont pas chercher à mécontenter leurs clients lors des révisions. The Economist souligne que cette proposition aménerait la séparation en deux entreprises distinctes d'activités "excitantes et en croissance" - l'image virile est de l'hebdomaire ! - des autres qui sont terre à terre mais vitales pour le bon fonctionnement de l'économie.

    Cela rappelle la séparation proposée entre la banque de détail et la banque d'affaires que défend également l'association de petits épargnants Actares : là aussi l'objectif est de protéger, contre les risques énormes de la haute voltige des banques d'affaires, les usagers des services quotidiens de paiement et de garde que fournissent les banques de détail et du même coup, comme nous l'avons bien assez vu, protéger les contribuables. D'ailleurs, la séparation nette entre les entreprises qui fournissent l'assurance santé de base et la complémentaire ressort d'une logique analogue. Si c'est une nouvelle mode qui se dessine, tant mieux pour nous.

     

  • Cultiver les friches de la démocratie

    Nous sommes presque toutes et tous des actionnaires par le biais de notre caisse de retraite. Les entreprises insistent que leurs actionnaires sont leurs propriétaires. Les actionnaires agissent formellement par le biais des élections et votes lors des assemblées des générales. Bref, le public a le droit de se manifester sur les nombreuses activités des entreprises qui les concernent. Paient-elles leur part équitable d'impôts ? Paient-elles correctement leurs employé-e-s en Suisse et à l'étranger, ou sous-paient-elles certains et surtout certaines tout en surpayant de façon éhontée quelques pontes ? Respectent-elles tout simplement le droit du travail ou le droit tout court, voire les droits humains et les normes sociales internationales ? Respectent-elles l'environnement ? Plus ou moins la moitié des SA suisses cotées en bourse subventionnent des partis politiques. Leurs préférences politiques correspondent-elles à celles de leurs propriétaires - autrement dit de vous les actionnaires ?

    Or les investisseurs institutionnels - dont les caisses de retraite - ne prennent  souvent pas la peine de voter leurs - vos - actions, laissant les entreprises agir à leur guise envers vos intérêts. Les chambres fédérales renoncent à exiger que les institutions de prévoyance exercent leurs droits de vote, prétextant notamment que c'est du boulot ! La Suisse est fière de ses droits démocratiques étendus, et pourtant elle accepte de laisser en friche tout un domaine d'action démocratique qui touche directement aux intérêts sociaux et environnementaux, et évidemment financiers, du pays et de ses habitants. Agissez ! Insistez que votre institution de prévoyance fasse usage de son vote, et mieux encore qu'elle consulte ses cotisant-e-s à propos des positions qu'elle entend prendre lors des votes, ou au moins qu'elle informe ses cotisants après coup comment elle a voté.

     

  • un impôt injuste

    Que les radio et TV de service public se paient au moyen de l'impôt, rien de plus logique, d'autant plus que l'on peut y accéder par une telle diversité de moyens électroniques d'accès libre. En revanche, que le montant de l'impôt soit le même pour chaque contribuable, quels que soient ses moyens, est d'une injustice crasse. Il est injustifiable d'exiger qu'un ménage qui gagne péniblement quelques dizaines de milliers de francs par année paie le même montant que celui qui engrange des millions. L'impôt direct et surtout progressif fut créé précisément pour mettre fin à ce genre d'injustice. La Suisse dispose de l'instrument - c'est la moindre des choses dans une démocratie. Il suffit donc d'incorporer le montant de cette charge dans celui de l'impôt fédéral direct.

    Or notre parlement fait un deuxième saut arrière dans l'Ancien Régime en confiant la collecte de cet impôt à un fermier, c'est à dire à une entreprise privée (Billag SA) qui pour ses propres intérêts lucratifs se charge d'encaisser l'impôt et en prélever sa propre part avant d'en verser le solde à l'État.

    C'est encore loin, 1789 ?