Le blog d'Edouard Dommen

  • La faillite, c’est bon pour la santé de l’économie

    Bygones are forever bygones - le passé est passé pour de bon - disait l’économiste W. S. Jevons en 1871. La faillite est conçue pour qu’une entreprise écrasée par ses dettes puisse se retirer du jeu, une fois que les actifs qui lui restent aient été répartis parmi ses créanciers selon des règles établies. 

    La faillite este une application de la règle éthique fondamentale du partage équitable des risques et des bénéfices - à condition bien sûr que le liquidateur ne ferme pas les yeux sur des avoirs que l’entreprise aurait préalablement mis  à l’abri hors du bilan.

    La faillite prouve en revanche que l’entreprise a dépassé ses compétences. Il est donc étonnant qu’en Suisse son chef ait le droit de se lancer aussitôt comme chef  d’une nouvelle entreprise analogue. Ce serait mieux pour tout le monde qu’il se forme davantage sous la conduite d’autres plus compétents, par exemple comme cadre dans une entreprise solide.

    Les faillites constituent un moyen de débarrasser le marché d’entreprises qui l’encombrent. D’ailleurs la phrase de Jevons continue we are always starting clear at each moment, judging the values of things with a view to future utility - nous recommençons constamment à neuf selon la valeur qu’auront les choses selon leur utilité à l’avenir. Pourquoi Swiss ne devrait-elle pas faire faillite si elle est incapable de renouveler son modèle d’affaires ? Le monde ne manque pas d’esprits capables de saisir les occasions nouvelles qui vont surgir. 

    De même pour les voyagistes (voir la Tribune de Genève de lundi). Ce n’est pas en faisant porter le gros du fardeau aux seuls voyageurs frustrés que l’on répartit équitablement les risques et le bénéfices. Quoi qu’en dise Mme Markwalder, il est dans l’intérêt des consommateurs que des agences de voyages déclarent faillite. Et de nouvelles agences imaginatives surgiront pour tirer profit du nouveau monde du voyage qui se dessinera après la crise.

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  • Le marché marche - si on le veut bien

    La demande de masques flambe? Le prix augmente et cela provoque une augmentation de l’offre ainsi qu’une modération de la demande, comme le prévoient la théorie de l’économie de marché. Des milieux à sensibilité sociale rouspètent, ce qui modère l’augmentation de prix et accélère l’augmentation de l’offre. Cela fait également partie du marchandage inhérent au fonctionnement du marché.

    Aux États-Unis, la demande de services des pompes funèbres flambe. Le prix augmente et cela provoque une augmentation de l’offre ainsi qu’une modération de la demande ? Que nenni ! Ces entreprises, pourtant privées, réclament des subventions. Décidément, dans ce pays pourtant réputé comme le foyer de l’idéologie de marché, l’enseignement de l’économie semble laisser à désirer.

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  • L’industrie du tourisme veut plus d’État

    La branche du tourisme a pris une page entière de publicité dans la Tribune d’aujourd’hui pour exiger « du Conseil fédéral qu’il définisse un plan concret pour les établissements de l’hôtellerie-restauration et les infrastructures touristiques. »

    Le Coronavirus porterait-il  le communisme ? On croyait la planification étatique de l’économie définitivement enterrée  depuis 1989. On enseigne aujourd’hui qu’un business plan est le propre de chaque business. C’est de la diversité des choix des différents entrepreneurs que ressortent les solutions d’avenir et la résilience du secteur.

    Une page publicitaire coûte cher. La branche du tourisme ne manque pas de réserves même si elle fait preuve de manque de ressources.

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  • Le marché marche ; il peut même voler

    Si les liaisons aériennes sont importantes pour la Genève internationale et pour l’économie, des entreprises de transports aériens s’empresseront de répondre à la demande. Aucune raison de subventionner les fournisseurs actuels s’ils ne sont pas en mesure de concurrencer les nouveaux candidats qui ne manqueront pas de se  manifester. C’est le b-a ba de l’économie de marché.

    Le marché peut même tenir compte de l’environnement, à condition de respecter la vérité des prix. Actuellement l’aviation est largement subventionnée en ce qu’elle impose une part de ses coûts à des tiers sans demander leur accord. Si le prix du carburant incorporait ces coûts selon le principe pollueur-payeur le marché serait plus efficace. Calvin, qui habitait Genève bien avant l’aéroport, disait déjà que tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d’autrui doivent être tenus pour des vols.

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  • Démasqué !

    C’est bien le 1er avril ! Il y a peu, l’UDC voulait interdire de se masquer le visage dans l’espace public. Maintenant il veut le rendre obligatoire.

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  • Soyons audacieux : les générations futures payeront les pots cassés 

    La Suisse envisage de signer un accord de libre-échange avec plusieurs pays exportateurs d’huile de palme destructrice de forêts tropicales. De nombreuses ONG ainsi que les Verts s’y opposent.  Selon le no. de février du journal d’Attac Suisse « le Conseil fédéral a toujours refusé d’effectuer des études de l’impact sur l’environnement de ces accords commerciaux en prétextant un manque de fiabilité des méthodes. »

    Cet argument se moque du principe de précaution, l’un des fondements du développement durable. Selon le Principe 15 de la Déclaration de Rio de 1992, « Pour protéger l'environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement »

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  • Rangeons le PIB au MEG

    Le PIB est un agrégat de circonstance, ce sont ses composantes qui comptent.

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  • Munitions englouties

    Un édito de La Tribune 16 janvier met  en exergue le « dossier explosif » de ces munitions qu’il faut éliminer correctement. 

    L’éditorialiste évoque le principe de précaution, mais ce n’est pas le bon en l’occurrence : le principe pollueur payeur s’applique. Des avatars d’Hispano-Suiza existent toujours selon Wikipédia, mais ils se sont opportunément fondus dans le brouillard insaisissable des restructurations d’entreprises. D’après l’article à la p.6 de La Tribune, une deuxième entreprise concernée a eue la bonne idée de tomber en faillite dès 1928.

    N’importe ! Le budget militaire de la Confédération est prêt à jeter en l’air (c’est le cas de le dire !) 6 milliards pour s’acheter des avions, sans compter les frais de leur opération estimés à 18 milliards de plus - et comme de coutume on n’a même pas estimé le coût de leur élimination. En outre, l’armée dispose d’un nombreux personnel formé tout exprès au maniement des armes et munitions. Les moyens sont là : qu’attend-on pour les mettre au travail ?

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  • Les vaches à lait sont des travailleuses 

    De toutes parts on nous assène de chiffres du genre « dans quelques années il n’y aura que deux travailleurs par retraité.e ». Qu’importe ! 

    Ce que produit l’économie est le fruit du concours de l’ensemble des facteurs de production. Outre le travail, cela comprend le capital incorporé en machines - don’t l’informatique - et constructions - bâtiments, infrastructures - le capital foncier, le capital financier et enfin mais non des moindres, l’environnement : ce dernier fournit toute une panoplie de biens et de services à l’économie sans se faire rémunérer - nous le traitons en esclave.

    Sans le concours de tous ces facteurs, le travail serait incapable de produire quoi que ce soit. Pourquoi donc faire comme s’il revenait au travail seul de payer les retraites puisque cela revient à l’entier de l’économie ? La logique veut que les retraites se paient par le biais d’un impôt sur la totalité des revenus. La mode actuelle d’alléger l’impôt sur les entreprises  va à contresens. 

    Et il faut payer à leur juste prix les services que nous rendent l’environnement !

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  • La Fondation Wilsdorf innove de nouveau et donne l’exemple

    La Fondation Wilsdorf, institution exemplaire s’il en est, donne encore l’exemple en innovant. Elle prend le parti de payer des impôts à partir de l’année prochaine. 

    Les fondations philanthropiques en sont traditionnellement dispensées puisqu’elles consacrent leurs moyens à des activités d’utilité publique. Cette tradition laisse cependant mal à l’aise puisqu’elle accorde à ces philanthropes le choix de l’activité qu’ils et elles soutiennent à l’intérieur de ce vaste cadre aux dépens de toutes les autres activités que la collectivité publique souhaite soutenir dans le cadre du budget et selon les priorités déterminées par les élu.e.s. Les institutions philanthropiques déforment de la sorte la volonté populaire.

    Que la Fondation Wilsdorf choisit de se conformer aux choix démocratiques et de ne consacrer que le solde de ses moyens à l’utilité publique selon ses propres priorités est une innovation à applaudir - et surtout à suivre !

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  • L’aéroport fait un geste

    Le contraire de la vérité, c’est le geste, disait Martin Luther King. Face aux inquiétudes des riverain.e.s, répercutées par leurs élu.e.s - cf. le vote unanime lundi du Conseil municipal de Versoix - les autorités ont organisé le 9 octobre une soirée d’information sur l’aéroport. Destinée aux communes de la rive droite, du Grand-Saconnex à Versoix, soit un bassin d’environ 30’000 habitants sans compter les riverain.e.s du côté français de la frontière, les autorités choisirent la salle de l’une des plus petites communes pour la rencontre. Elle fut évidemment vite remplie à ras bord et les organisateurs refoulèrent le public nombreux - et souvent remonté - qui continuait d’affluer. On les félicite : leur geste aura sûrement apporté chez les refoulé.e.s un nouveau souffle de soutien à l’initiative pour un pilotage démocratique de l’aéroport.

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  • Les cadeaux que l’on rend

    Tonton se porte garant pour Fiston qui veut se lancer en affaires. L’affaire réussit bien et Fiston n’a pas besoin de recourir à la garantie. Ne ressent-il néanmoins aucune gratitude, voire d’obligation, envers son Tonton ?

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  • L’économIe n’est pas la guerre

    En 1965 s’ouvrait à l’Île Maurice une improbable usine dont la fonction n’était que percer d’un trou les rubis destinés à  équiper les montres suisses. Fruit de l’imagination féconde jointe au sens discipliné de la gestion d’entreprise du suisso-mauricien José Poncini, elle allait transformer l’économie mauricienne en un modèle de prospérité partagée. 

    Lors de l’inauguration de l’usine, le ministre du commerce et de l’industrie, Maurice Paturau, dit « L’idée novatrice et pleine de promesse de M.Poncini est de placer l’Île Maurice non comme un concurrent sur le marché international, mais comme un maillon indispensable dans la chaîne de production d’industries manufacturières d’Europe et d’ailleurs ».

    M. Trump, avec votre vision guerrière du commerce international, vous avez un bon demi-siècle de retard !

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  • Jaw jaw is better than war war

    Michael Møller, le récent directeur de l’Office des Nations unies à Genève, propose d’associer l’industrie du tabac aux débats onusiens pour limiter les dégâts du recours au tabac. Sa proposition est accueillie avec effroi.

    À une certaine époque, le Norvégien Johan Galtung, premier professeur au monde d’études pour la paix, occupait un poste à l’UNRISD (Institut de recherche des Nations unies pour le développement social, alors au Petit-Saconnex). Il en profitait pour servir d’aiguillon à des débats parmi les fonctionnaires de l’ONU sur des questions de fond. À l’époque il était question de comment s’attaquer au commerce de la drogue. Les narcotraficants connaissent les rouages de leur métier mieux que quiconque ; si l’on veut prendre des mesures efficaces pour restreindre ce commerce, mieux vaut consulter les experts, conseillait Johan Galtung. Son conseil fut accueilli avec effroi.

    Pourtant l’expérience a prouvé depuis lors qu’il eût mieux valu l’écouter que de subir l’interminable fiasco de la Guerre contre la drogue.

    Churchill disait « Jaw jaw is better than war war. » ( discuter vaut mieux que guerroyer)

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  • Sismondi économiste d’actualité

    On méconnaît l’actualité des idées de l’économiste genevois Sismondi (1773-1842). À l’époque où l’orthodoxie économique s’installait et que ses compatriotes Pierre Prévost (1751-1839) et Etienne Dumont (1759-1829) faisaient connaître Adam Smith, Malthus et Bentham au public francophone, Sismondi s’en démarquait déjà (toutes les citations sont tirées de l’Avertissement sur la seconde édition de ses Nouveaux principes d’économie politique, 1827) :

    « J'ébranlais une science qui, par sa simplicité, par la déduction claire et méthodique de ses lois, paraissait une des plus nobles créations de l'esprit humain; j'attaquais une orthodoxie enfin, entreprise dangereuse en philosophie comme en religion.

    « J'ai vu … la production augmenter, tandis que les jouissances diminuent. La masse de la nation semble y oublier, aussi bien que les philosophes, que l'accroissement des richesses n'est pas le but de l'économie politique, mais le moyen dont elle dispose pour procurer le bonheur de tous.

    « J'invoquais …  l'intervention du pouvoir social pour régler les progrès de la richesse, au lieu de réduire l'économie politique à la maxime plus simple, et en apparence plus libérale, de laisser faire et laisser passer.

    « Les faits … ont prouvé, bien mieux que je n'aurais pu faire, que les savans dont je m'étais séparé étaient à la poursuite d'une fausse prospérité ; que leurs théories, là où elles étaient mises en pratique, pouvaient bien accroître la richesse matérielle, mais qu'elles diminuaient la masse de jouissances réservées à chaque individu ; que si elles tendaient à rendre le riche plus riche, elles rendaient aussi le pauvre plus pauvre, plus dépendant et plus dépourvu. »

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