Le blog d'Edouard Dommen

  • Tu ne voleras point ? Que si !

    Que celles et ceux qui jouissent d’un bien ou d’un service en paient les coûts est un principe de base de l’économie de marché. Le principe pollueur-payeur en est un corollaire. L’OCDE - dont la Suisse est membre - l’a adopté en 1972 ; ce n’est pas hier.

    Selon l’OCDE,  « En principe, le pollueur supporte la totalité des coûts de prévention et de lutte contre la pollution à l’origine de laquelle il se trouve ». L’article 74, al. 2 de la Constitution fédérale ne dit pas autre chose : « Les frais de prévention et de réparation sont à la charge de ceux qui les causent » 

    S’ils ne les payent pas eux-mêmes, d’autres auront à les payer à leur place. C’est l’essence du vol.

    Pour prévenir ou lutter contre la pollution, la vérité des prix constitue un instrument élémentaire, et elle s’insère sans heurt dans la mécanique du marché.

    Les milieux économiques se hérissent contre la  nouvelle loi sur le CO2 sur laquelle nous voterons le 13 juin, arguant que cela augmenterait le prix de différents biens et services comme le pétrole. Ils ont raison : puisque le prix actuel ne couvre de loin pas la totalité des coûts qu’engendre l’usage du produit, ce sont d’autres qui sont contraints de les payer sans en profiter. 

    Évidemment que les prix doivent augmenter.cela n’augmente pas les coûts, elle en  redistribue la charge. On soulage ceux qui les supportent sans en profiter pour les reporter sur ceux qui en profitent. 

    On ne peut que s’étonner que les milieux économiques préfèrent recourir au vol au lieu de respecter les principes du bon  fonctionnement de l’économie de marché qu’ils prétendent défendre.

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  • Des votes truqués aux États-Unis ?

    D’après La Tribune du 26 janvier, M. Trump avait chargé un avocat d’établir que des appareils servant à enregistrer les votes  populaires aux États-Unis fournissaient des résultats biaisés.

    Il y a plusieurs années lorsque j’étais étudiant, on m’avait engagé pendant les vacances comme précepteur dans une famille fortunée - et partant républicaine - qui habitait une commune huppée non loin de New-York. Il y eut une élection ; mon hôte, bon citoyen, se porta volontaire pour en surveiller le déroulement. Le soir au dîner, il nous raconta que certaines machines n’avaient relevé que des votes démocrates ; un tel résultat étant inimaginable, on ne tint tout simplement aucun compte de ces voix.

    Je n’eus pas la présence d’esprit de lui demander combien d’appareils n’avaient enregistré que des voix républicaines …

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  • Brexit : L’entente selon Érasme ou la victoire selon Turing ?

    Dans la foulée de l’accord du Brexit, le Royaume-Uni quitte le programme Erasmus d’échanges estudiantins. Érasme, penseur humaniste de la Renaissance, fut à l’origine d’idées fondatrices de l’idéal européen.

    Le Royaume-Uni remplace ce programme d’échanges par un programme de bourses d’études pour jeunes britanniques souhaitant étudier à l’étranger. Manifestant un humour douteux, les autorités britanniques ont donné au nouveau programme le nom d’Alan Turing, scientifique qui joua pendant la deuxième guerre mondiale un rôle clé dans le décryptage de messages militaires codés, activité qui contribua à la défaite allemande. Rappelons qu’Érasme « a milité pour la paix en Europe … La discorde sanglante qui divise les Anglais, les Allemands, les Français et les Espagnols lui semble une absurdité », dit Wikipédia. 

    Nicola Sturgeon, première ministre d’Écosse, traite le retrait du programme Erasmus de vandalisme culturel de la part du gouvernement britannique.

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  • Du coton responsable ?

    Quelles entreprises suisses s’approvisionnent en coton burkinabé ? Ce coton, qu’évoque le ministre burkinabé en visite en Suisse, élargirait le débat sur les multinationales responsables au-delà du trio habituel café - cacao - mines.

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  • Des conseils d’administration au service du bien commun

    La p.4 de La Tribune du 5 octobre est consacrée aux conseils d’administration des institutions et fondations de droit public. Ce ne sont pas de simples entreprises dont l’objectif est de produire un bénéfice au profit de ses actionnaires. L’article cite un administrateur [anonyme] des TPG  : « ils sont là pour défendre l’entreprise ». Au contraire, si l’institution est de droit public, son objectif est de servir le bien public. Il est donc souhaitable que leur conseil d’administration (ou de fondation) représente l’éventail des opinions et des intérêts du public. C’est pour cette raison que l’on y trouve des représentant.e.s de tous les partis représentés au Grand Conseil.

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  • Le Wakashio et d’autres naufrages mauriciens

    Maurice ne manque pas de naufrages mémorables. À part le Wakashio et la frégate l’Utile évoqués dans mon précédent blog, rappelons surtout le St Géran, dont le naufrage constitue le climax du roman « Paul et Virginie ». Le véritable naufrage dont Bernardin de St Pierre s’inspira eut lieu en 1744 par temps de calme plat, donc aucun brisant ne signalait la présence du récif.

    Le naufrage du Banda en 1615 est à l’origine de l’histoire hallucinante d’une montagne baladeuse. Le nom de la montagne Pieter Both qui domine le paysage mauricien commémore le premier gouverneur-général des Indes orientales néerlandaises. Pendant son voyage de retour aux Pays-Bas, son navire, le Banda, fit naufrage au cours d’un cyclone. Il mourut noyé. Les Hollandais donnèrent son nom au sommet qui dominait le lieu du naufrage – l’actuelle Montagne du Rempart.

    À la fin du 17e siècle George Weldon, illustre inconnu qui fut vice-gouverneur britannique de Bombay, mourut au cours de son voyage de retour en Europe. II fut enterré à Maurice ; sa veuve lui érigea un monument funéraire si visible qu’il servit longtemps d’amer, ce qui explique le nom de la Baie du Tombeau. Une carte illustrant une belle édition de Paul et Virginie du vivant de Bernardin de Saint-Pierre indiquait que la dépouille de Virginie s’y était échouée, tout en pointant correctement le lieu du naufrage du St. Géran loin de là, de l’autre côté de l’île. 

    Quoi qu’il en soit, la tradition erronée se répandit selon laquelle le tombeau était celui de Pieter Both et le nom du sommet fut transposé au sommet qui domine cette baie. Quand vous aurez terminé « Les naufragés de Tromelin », lisez mon « Poudre d’Or, réflexions sur les noms de lieu mauriciens ».

    Mais terminons par un autre naufrage. Une nuit de novembre 2014 le Team Vestas Wind, concourant pour la Volvo Ocean Race, s’échoua à toute allure sur les hauts-fonds de Saint-Brandon (comme l’Utile, il était pressé !). L’équipage se réfugia penaud sur le récif, mouillé jusqu’aux genoux, avant d’être secouru par les gardes-côtes mauriciens.

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  • Naufrage et marée noire à l’île Maurice

    Le Wakashio, vraquier battant Pavillon panaméen, propriété d’une société japonaise, s’est échoué sur le récif devant Pointe d’Esny, une petite station balnéaire de l’île Maurice appréciée de nombreux touristes,  suisses entre autres. Le naufrage provoque une marée noire qui menace non seulement cet atout touristique actuellement au repos à cause de la pandémie, mais plus fondamentalement la réserve naturelle que constitue le lagon.

    Ce naufrage évoque deux scénarios dans un esprit tordu comme le mien.

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  • Un cadeau aux transports maritimes ?

    Le Conseil fédéral propose d’alléger l’imposition des navires battant pavillon suisse. Les transports maritimes sont déjà généreusement subventionnés par le biais du prix du carburant, puisqu’il omet les coûts sociaux et environnementaux qu’entraînent leur usage. Cette omission tombe sous la définition du vol selon Calvin : « Tous moyens pour nous usons pour nous enrichir au dommage d’autrui … doivent être tenus pour larcins. » Il faut régler cela avant de songer à faire des cadeaux aux sociétés maritimes.

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  • Complétons le référendum MCG/UDC !

    Le MCG et l’UDC lancent un référendum pour priver d’indemnités publiques les travailleurs au noir privés de travail. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Ces personnes sont certes venus illégalement à Genève en quête de travail, mais quid des employeurs qui leur proposaient ce travail illégal et qui les a laissés tomber comme des malpropres lorsque le coronavirus s’est mis à circuler ?

    Je propose que l’on complète le référendum par une mesure dans la plus pure tradition genevoise, ce qui devrait plaire aux MCG et UDC : que l’on confisque l’entier des biens de ces employeurs au profit de l’Hospice général. 

    C’est ce qu’ont décidé les Genevois  en 1535 en Conseil général, autrement dit en votation populaire. Ils ont confisqué les biens de l’Église pour nantir l’Hospice (alors appelé Hôpital) général, étant donné que l‘Église s’occupait mal des pauvres dont elle avait la charge. Les ecclésiastiques ainsi privés de ressources avaient le choix soit de se trouver un travail honnête, soit d’aller se faire voir ailleurs. Les employeurs malhonnêtes d’aujourd’hui auront le même choix.

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  • La faillite, c’est bon pour la santé de l’économie

    Bygones are forever bygones - le passé est passé pour de bon - disait l’économiste W. S. Jevons en 1871. La faillite est conçue pour qu’une entreprise écrasée par ses dettes puisse se retirer du jeu, une fois que les actifs qui lui restent aient été répartis parmi ses créanciers selon des règles établies. 

    La faillite este une application de la règle éthique fondamentale du partage équitable des risques et des bénéfices - à condition bien sûr que le liquidateur ne ferme pas les yeux sur des avoirs que l’entreprise aurait préalablement mis  à l’abri hors du bilan.

    La faillite prouve en revanche que l’entreprise a dépassé ses compétences. Il est donc étonnant qu’en Suisse son chef ait le droit de se lancer aussitôt comme chef  d’une nouvelle entreprise analogue. Ce serait mieux pour tout le monde qu’il se forme davantage sous la conduite d’autres plus compétents, par exemple comme cadre dans une entreprise solide.

    Les faillites constituent un moyen de débarrasser le marché d’entreprises qui l’encombrent. D’ailleurs la phrase de Jevons continue we are always starting clear at each moment, judging the values of things with a view to future utility - nous recommençons constamment à neuf selon la valeur qu’auront les choses selon leur utilité à l’avenir. Pourquoi Swiss ne devrait-elle pas faire faillite si elle est incapable de renouveler son modèle d’affaires ? Le monde ne manque pas d’esprits capables de saisir les occasions nouvelles qui vont surgir. 

    De même pour les voyagistes (voir la Tribune de Genève de lundi). Ce n’est pas en faisant porter le gros du fardeau aux seuls voyageurs frustrés que l’on répartit équitablement les risques et le bénéfices. Quoi qu’en dise Mme Markwalder, il est dans l’intérêt des consommateurs que des agences de voyages déclarent faillite. Et de nouvelles agences imaginatives surgiront pour tirer profit du nouveau monde du voyage qui se dessinera après la crise.

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  • Le marché marche - si on le veut bien

    La demande de masques flambe? Le prix augmente et cela provoque une augmentation de l’offre ainsi qu’une modération de la demande, comme le prévoient la théorie de l’économie de marché. Des milieux à sensibilité sociale rouspètent, ce qui modère l’augmentation de prix et accélère l’augmentation de l’offre. Cela fait également partie du marchandage inhérent au fonctionnement du marché.

    Aux États-Unis, la demande de services des pompes funèbres flambe. Le prix augmente et cela provoque une augmentation de l’offre ainsi qu’une modération de la demande ? Que nenni ! Ces entreprises, pourtant privées, réclament des subventions. Décidément, dans ce pays pourtant réputé comme le foyer de l’idéologie de marché, l’enseignement de l’économie semble laisser à désirer.

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  • L’industrie du tourisme veut plus d’État

    La branche du tourisme a pris une page entière de publicité dans la Tribune d’aujourd’hui pour exiger « du Conseil fédéral qu’il définisse un plan concret pour les établissements de l’hôtellerie-restauration et les infrastructures touristiques. »

    Le Coronavirus porterait-il  le communisme ? On croyait la planification étatique de l’économie définitivement enterrée  depuis 1989. On enseigne aujourd’hui qu’un business plan est le propre de chaque business. C’est de la diversité des choix des différents entrepreneurs que ressortent les solutions d’avenir et la résilience du secteur.

    Une page publicitaire coûte cher. La branche du tourisme ne manque pas de réserves même si elle fait preuve de manque de ressources.

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  • Le marché marche ; il peut même voler

    Si les liaisons aériennes sont importantes pour la Genève internationale et pour l’économie, des entreprises de transports aériens s’empresseront de répondre à la demande. Aucune raison de subventionner les fournisseurs actuels s’ils ne sont pas en mesure de concurrencer les nouveaux candidats qui ne manqueront pas de se  manifester. C’est le b-a ba de l’économie de marché.

    Le marché peut même tenir compte de l’environnement, à condition de respecter la vérité des prix. Actuellement l’aviation est largement subventionnée en ce qu’elle impose une part de ses coûts à des tiers sans demander leur accord. Si le prix du carburant incorporait ces coûts selon le principe pollueur-payeur le marché serait plus efficace. Calvin, qui habitait Genève bien avant l’aéroport, disait déjà que tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d’autrui doivent être tenus pour des vols.

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  • Démasqué !

    C’est bien le 1er avril ! Il y a peu, l’UDC voulait interdire de se masquer le visage dans l’espace public. Maintenant il veut le rendre obligatoire.

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  • Soyons audacieux : les générations futures payeront les pots cassés 

    La Suisse envisage de signer un accord de libre-échange avec plusieurs pays exportateurs d’huile de palme destructrice de forêts tropicales. De nombreuses ONG ainsi que les Verts s’y opposent.  Selon le no. de février du journal d’Attac Suisse « le Conseil fédéral a toujours refusé d’effectuer des études de l’impact sur l’environnement de ces accords commerciaux en prétextant un manque de fiabilité des méthodes. »

    Cet argument se moque du principe de précaution, l’un des fondements du développement durable. Selon le Principe 15 de la Déclaration de Rio de 1992, « Pour protéger l'environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement »

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